Le dur chemin vers les Objectifs du millénaire pour le développement

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The Egyptian Association for Community Participation Enhancement (EACPE)
Nawara Magdy Belal
Yasmine Sherif Ismail

Bien que les rapports officiels affirment que l’Égypte est sur la bonne voie pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), le pays a fait peu de progrès à cet égard. Au milieu de la pire crise économique mondiale depuis la Grande dépression des années 1930, l’Égypte devrait entreprendre de grands changements et adopter des stratégies radicales de développement afin de pouvoir respecter ses engagements. Pour ce faire, une meilleure gestion de l’aide au développement est nécessaire et les politiques de l’emploi devraient être davantage promues et négociées, et être accompagnées d´ un plus grand nombre d’accords de partenariat avec le secteur privé et la société civile.

Selon la société d’investissement koweïtienne Global Investment House, l’impact de la crise économique mondiale commence à se faire sentir aujourd’hui en Égypte, même si  l’on pense que « la solide croissance économique de l’Égypte, associée à la réforme mise en œuvre, protège la performance économique du pays au milieu de la crise mondiale actuelle ». Certes, l’économie égyptienne a suivi la croissance réelle du PIB, qui était de 5,8 % durant le premier trimestre de l’exercice fiscal 2008-2009, par rapport au 6,5 % atteint pendant le premier trimestre de l’exercice 2007 -2008. Toutefois, il convient de noter que le Gouvernement a fixé un objectif plus faible de croissance du PIB (de 5,5 %) pour l’exercice financier 2008-2009, après avoir atteint une croissance de 7,2 % en 2007-2008. Pour les exercices 2008-2009 et 2009-2010, la Banque mondiale a prévu des taux de croissance du PIB de 4,5 % et 6 %, respectivement[1].

Mais la crise affecte-t-elle le progrès du pays pour la réalisation des OMD? Selon un rapport d’évaluation à mi-chemin de la réalisation des OMD publié par le ministère du Développement économique, le pays « est sur la bonne voie pour atteindre la plupart des Objectifs du millénaire pour la date prévue de 2015 »[2]. Selon le ministre égyptien du Développement économique Othman Mohamed Othman, « la focalisation géographique et d’autres politiques sociales intégrées promettent de réduire les retards et les lacunes régionales ... et assurent également la pleine réalisation des OMD nationaux dans toute l’Égypte »[3]. Quant à la réduction de la pauvreté, le ministre a annoncé que « le taux de pauvreté a chuté de 31 à 26 % dans les zones rurales et de 13 à 8,6 % dans les zones urbaines[4]. Ces chiffres ont toutefois été rejetés par Gawdat el-Malt, président de l’Agence centrale d’audit égyptienne, qui a déclaré que « le taux de pauvreté est de l’ordre de 40 % dans les zones rurales et de 18 % dans les zones urbaines »[5].

La pauvreté ne se définit pas seulement sur la base du revenu

Ces deux estimations contradictoires sont basées sur les niveaux de revenu. Toutefois, la pauvreté n’est pas seulement une question de revenu ; il y a d’autres aspects importants à considérer comme la santé, l’hygiène et l’exclusion sociale. Ainsi, les indicateurs combinés, tels que l’Indice de développement humain (IDH) et l’Indice de pauvreté humaine (IPH), basés sur la proportion de personnes vivant au-dessous de seuils déterminés dans chacune des dimensions de l’IDH, devraient aussi être pris en compte.

Dans le Rapport national d’Égypte 2008, le PNUD a mis en exergue les sept lignes directrices suivantes que le Gouvernement égyptien devrait prendre en considération pour atteindre une croissance économique contribuant à réduire la pauvreté[6] :

  • La vulnérabilité des pauvres face au risque et le manque de protection sociale réduisent le rythme de croissance.
  • L’inégalité des ressources et des possibilités limite la capacité des pauvres à participer à la croissance et à y contribuer. La différence de genre est un aspect particulièrement important de l’inégalité.
  • Les politiques doivent s’attaquer aux causes de défaillance du marché et améliorer l’accès à celui-ci. La défaillance du marché affecte les pauvres de manière disproportionnée. Des programmes s’avèrent nécessaires pour garantir un meilleur fonctionnement des marchés qui sont importants pour contribuer au soutien des plus démunis.
  • Autant le rythme que le modèle de croissance sont essentiels pour réduire durablement la pauvreté dans le long terme.
  • La croissance qui favorise les pauvres requiert leur participation dans le processus.
  • Les politiques visant à aborder les multiples aspects de la pauvreté devraient aller de pair ; il faut éviter les dichotomies (par exemple, des politiques économiques qui vont à l’encontre des politiques sociales).
  • Les pauvres ont besoin de participer et d’influencer le processus de réforme politique qui accompagne les stratégies de réduction de la pauvreté.

Dans le Rapport de 2009 sur le Développement humain, l’Égypte occupait la 82ème position sur les 135 pays évalués. L’indice de pauvreté mesure les privations graves dans le domaine de la santé pour les personnes qui n’attendraient pas l’âge de 40 ans. L’éducation est mesurée par le taux d’analphabétisme chez les adultes, et un niveau de vie digne est mesuré par la moyenne non pondérée des personnes qui n’ont pas accès à une source d’eau potable et par le pourcentage d’enfants de moins de cinq ans dont le poids est inférieur au poids normal pour leur âge. Le tableau 1 montre les valeurs de ces variables pour l’Égypte et les compare avec celles correspondant à d’autres pays.

Quelques indicateurs de pauvreté humaine :

Indice de pauvreté humaine (IPH-1)

Probabilité de ne pas atteindre l’âge de 40 ans (%)

Taux d’analphabétisme chez les adultes (âgés de 15 ans ou plus)

Population n’ayant pas accès à des sources d’eau améliorées (%)

Enfants dont le poids corporel est inférieur à la normale pour cet âge (% d’enfants de moins de 5 ans)

1. République tchèque (1,5)

1. Hong-Kong, Chine (RAS) (1,4)

1. Géorgie (0)

1. La Barbade (0)

1. Croatie (1)

80. Îles Salomon (21,8)

68. Géorgie (6,7)

117. Angola (32,6)

28. Costa Rica (2)

40. Macédoine (6)

81. Botswana (22,9)

69. Vanuatu (7,1)

118. Congo (République démocratique du) (32,8)

29. Arménie (2)

41. La Barbade (6)

82. Égypte (23,4)

70. Égypte (7,2)

119. Égypte (33,6)

30. Égypte (2)

42. Égypte (6)

83. Vanuatu (23,6)

71. Équateur (7,3)

120. Inde (34)

31. Jordanie (2)

43. Mongolie (6)

84. Congo (24,3)

72. Bahamas (7,3)

121. Ghana (35)

32. Monténégro (2)

44. Panama (7)

135. Afghanistan (59,8)

153. Lesotho (47,4)

151. Mali (73,8)

150. Afghanistan (78)

138. Bangladesh (48)

Source: Rapport sur le développement humain 2010.

Les chiffres du tableau 2 montrent clairement que la croissance économique ne reflète pas nécessairement la qualité de vie. L’échec du pays pour garantir que la croissance économique soit accompagnée d’une amélioration du niveau de vie de ses citoyens constitue le principal enjeu que le Gouvernement devra relever dans les cinq prochaines années afin d’atteindre les OMD d’ici à 2015[7]. Cela signifie repenser sa stratégie de financement pour le développement dans le contexte d’une crise économique qui est devenue le plus grand obstacle au développement.

Les progrès dans la réalisation des OMD

L’évaluation à mi-chemin de l’accomplissement des OMD pour l’Égypte montre que le pays « n’est pas sur la bonne voie », que les enjeux sont toujours très importants et que, dans certains domaines et notamment en ce qui concerne la différence de genre, la performance du pays est très faible. Ce qui suit est une évaluation par objectifs :

  • OMD 1 - Éradiquer l’extrême pauvreté et la faim : il y a quelques enjeux à relever dans le futur, tels que le chômage chez les femmes et les jeunes et le faible poids chez les enfants.
  • OMD 2 - Assurer l’éducation primaire universelle : comme une manifestation visible des progrès de la scolarisation, le pays est proche de 100 % de scolarité pour la tranche d’âge des 15-24 ans.
  • OMD 3 – Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes : bien que le pays ait démontré son engagement à travers des mécanismes institutionnels, des changements législatifs et plusieurs initiatives et actions, il reste encore un long chemin à parcourir, notamment dans l’enseignement technique, l’autonomisation et la participation des femmes en politique.
  • OMD 4 - Réduire la mortalité infantile : des progrès dans ce domaine ont été effectués ; cependant, les données officielles montrent que les inégalités géographiques, de genre et de développement social restent élevées. En outre, le taux élevé de mortalité néonatale continue à être préoccupant.
  • OMD 5 - Améliorer la santé maternelle : l’efficacité des programmes nationaux qui ont permis d’augmenter le nombre d’accouchements assistés par un personnel qualifié se manifeste par l’extraordinaire rapidité avec laquelle la mortalité maternelle a baissé.
  • OMD 6 - Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies : l’infection par le VIH ne se limite pas à un groupe social particulier et au cours de ces dernières années elle a augmenté chez les femmes. Les hépatites B et C sont également devenues une menace. Il est nécessaire de réorganiser le système de santé selon une perspective multisectorielle qui tienne compte du contexte social dans le traitement des épidémies.
  • OMD 7 - Assurer un environnement durable : la demande croissante de ressources naturelles exige l’adoption de mesures plus rigoureuses de contrôle et des stratégies adéquates de gestion de l’environnement.
  • OMD 8 – Promouvoir un partenariat mondial pour le développement : selon le ministère du Développement économique, « au cours de ces dernières années l’Égypte a connu une tendance à la hausse des versements de l’APD de la part de plusieurs pays riches et des organisations internationales, et cette aide a été assignée pour répondre aux besoins de développement des différents secteurs. En outre, l’Égypte a également bénéficié d’une série d’accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux. La part du PIB correspondant aux exportations de biens et de services a augmenté au cours de ces dernières années »[8].

 

Impact de la crise financière mondiale

Bien que le chiffre net d’Investissements directs étrangers (IDE) n’ait pas dépassé USD 3,9 milliards pour l’exercice 2004-2005, pendant la période 2007-2008, cet indicateur a atteint USD 13,2 milliards. Toutefois, dans le dernier exercice fiscal – alors que l’économie mondiale était en pleine crise – les IDE nets sont tombés à USD 8,1 milliards, selon la Banque centrale d’Égypte. En outre, un rapport sur la performance économique du deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2009-2010 publié par le ministère du Développement économique montre que le nombre de chômeurs a atteint 2,37 millions de personnes[9].

Comme le montrent ces chiffres, les résultats de l’année 2010 pourraient ralentir la progression de l’Égypte vers la réalisation des OMD d’ici 2015. Pour éviter un tel risque, il est essentiel de :

  • accroître l’efficacité de l’APD, qui risque de diminuer en raison de l’impact de la crise mondiale sur les pays donateurs, et harmoniser et aligner la distribution de l’APD conformément aux priorités nationales.
  • négocier un espace pour adopter des politiques d’emploi plus orientées vers la croissance et veiller à leur application.
  • renforcer les partenariats avec le secteur privé et la société civile en Égypte.

 

[1] Global Investment House, Rapport annual 2009. Disponible.

[2] Ministère du Développement économique, Rapport 2008 sur les Objectifs du Millénaire pour le développement - Égypte, pour atteindre les OMD : Évaluation passé le mi-chemin, 2008. Disponible.

[3] Ibid.

[4] Egypt.com News, 10 avril 2010. Disponible.

[5] Ibid.

[6] PNUD, Rapport 2008 sur le Développement humain - Égypte. Disponible sur.

[7] Egypt.com News, 10 avril 2010. Disponible.

[8] Millennium Development Goals Report 2008. Egypt, op. cit.

[9] Egypt News, 21 Février 2010. Disponible.

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2009 - ÉGYPTE

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