Dialectiques croisées au Pérou d'Ollanta Humala

Source: Agenda Global

Les diverses variables que devra calculer le gouvernement du président élu du Pérou Ollanta Humala pour mettre en oeuvre le programme avec lequel il a triomphé dans les élections de dimanche (entre elles la complexité de la coalition en puissance, l'animadversion d'une grande partie des médias et la tension entre l'équilibre fiscal promis et les politiques sociales) sont soupesées par le sociologue Enrique Fernández-Maldonado Mujica dans une analyse pour Agenda Global.

Qui est-ce que fixe l'agenda pour le prochain gouvernement ?

Par Enrique Fernández-Maldonado Mujica (*)

La victoire d'Ollanta Humala dans les élections nationales du Pérou ouvre un cycle politique clef pour le pays et la région. Pour la première fois dans l'histoire, une alliance composée de secteurs nationalistes, gauchistes, mouvements sociaux (avec appui de centre-droite) arrive au gouvernement par la voie démocratique. Du « succès » du prochain gouvernement dépendra dans une grande mesure la légitimité future de la gauche politique dans le pays.

Au niveau interne, le gouvernement de [l'alliance électorale] Gana  Perú devra confronter divers défis. L’un est en rapport de garantir la stabilité politique dans un contexte de croissance économique et intensification des demandes populaires par la redistribution et inclusion sociale. En parallèle il devra donner des signes clairs dans la lutte contre le trafic de drogues, la corruption et la sécurité interne.

De telles tâches exigent de concrétiser un agenda de réformes politique-institutionnelles dirigées à moderniser le fonctionnement étatique pour garantir une mise en oeuvre adéquate de la politique sociale et économique. Une majorité dans le Congrès – si l’éventuelle alliance entre Gana Perú et  Perú Posible [coalition conduite par l'ex président Alejandro Toledo] se réalise - pourrait faciliter les réformes constitutionnelles nécessaires pour moderniser le rôle de l'État, bien que ce ne soit pas celui-ci le seul front pour couvrir.

Mettre en oeuvre l'agenda de changements offert en campagne ne sera pas facile. Les niveaux de violence sociale et médiatique atteints les derniers mois dévoilent la gravité des intérêts en jeu et le type d'opposition dont devra faire face le nouveau gouvernement.

La partialisation des médias pour la candidature défenseuse du modèle économique - avec les mises en question précoces à la nouvelle maire de Lima, Susana Villarán- prédit un climat social post électoral « sensible » aux efforts réformistes entrepris depuis différents niveaux du caractère institutionnel étatique. Le même jour de l'élection, des porte-parole de la droite économique et des partis politiques perdants ébauchaient une feuille de route « pour la gouvernabilité » du pays. Les mouvements sociaux ne tarderont pas à poser le leurs.

Il existe une série de mesures qui peuvent contribuer à fixer l'orientation que suivra le nouveau gouvernement pendant les cinq ans prochains.

Entre les mesures plus importantes - et résistées par le pouvoir économique on trouve l'application d'une réforme fiscale progressive. Sa mise en oeuvre permettrait de s'occuper d'une partie des offres électorales qu’ont permis à Ollanta Humala  gagner les élections.

Les consensus et les compromis assumés par le nouveau gouvernement autour de l'équilibre fiscal l'obligent à étendre la base fiscale avec des impôts directs aux profits. L'établissement de retenues mobiles dans l'industrie minière - dans un contexte d'expansion des prix internationaux  sera fondamental pour financer une série de politiques sociales (« Pension 65 », « Cuna Más » , « Beca 18 », extension du programme « Juntos ») nécessaires pour avancer dans la réduction de l'inégalité sociale et la pauvreté.

Dans le cadre de la géopolitique régionale, Gana Perú s'ajouterait - bien que tard à l'ensemble de gouvernements « pos néolibérales » nucléés autour du Mercosur. La victoire d'Ollanta Humala apparaît juste au milieu des efforts des Etats-Unis pour consolider un secteur de libre commerce dans le Pacifique.

Il reste à voir comment  affrontera Washington - et aussi Brasilia la nouvelle scène politique péruvienne. Le voisinage ou l'opposition des deux puissances au candidat nationaliste peuvent être une avance de ce que s’annonce dans la région.

(*)Enrique Fernández-Maldonado Mujica est un sociologue péruvien, éditeur de l’hebdomadaire “Trabajo & Desarrollo”, du Programa Laboral de Desarrollo (PLADES).

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